DU 11ème AU 15ème JOUR

11 ème jour

Lundi 20 juillet : des gorges d’Ordissetou au cirque de Pineta

 

Après avoir descendu les gorges, un sentier suit la route en parallèle, et monte au village de Parzan par d’interminables lacets. C’est un joli petit village avec des maisons en pierres aux cheminés Aragonaises.

Une piste remonte le rio Real, la vallée est magnifique, il y a de belles granges au dessus du ruisseau couleur turquoise.

Au bout de quelques heures j’arrive en haut de la piste, de là un sentier peu raide monte au col. Le paysage est splendide : de magnifiques prairies d’Iris avec en fond les sommets de la Robinera et de Mota, plus au sud c’est le pic de Cuezo qui ferme la vallée par une longue arrête aux falaises abruptes entremêlées à une végétation exubérante. Après un arrêt pour prendre de l’eau, je croise plusieurs marmottes et je me dirige au col en contrebas du pico Petramula.

J’imagine qu’il doit y avoir un beau point de vue, ce qui me donne une grande énergie, et en peu de temps j’y arrive.

Quelle émotion en passant de l’autre côté de l’arête, la vue est saisissante, à couper le souffle :  le panorama sur le cirque de Pineta et la sierra de las Sucas est extraordinaire, en contrebas une petite prairie toute en longueur est comme suspendu au dessus de la profonde vallée, avec en fond le Mont Perdu et ses glaciers. Je reste là un long moment, à contempler le paysage.

Dommage que je me sois fixé de traverser les Pyrénées rapidement, sinon je serai bien resté là pour installer ma tente.

Je descend, et traverse le petit vallon plat recouvert d’herbe bien verte qui tranche avec le cirque du Monte Perdido, avec en premier plan des vaches. Etant harcelé par plusieurs taons, je me dépêche de faire quelques photos et je continue ma descente au fond du cirque.

L’accès au cirque se fait par un sentier à flanc de montagne, le paysage est toujours aussi extraordinaire, maintenant je peux contempler la longue cascade qui descend des glaciers pour se jeter du haut de grandes parois de  plusieurs centaines de mètres, créant un nuage de brume, je traverse des champs fleuris de milliers d’Iris.

Les lacets n’en finissent pas, mes pieds me font souffrir de plus en plus, il me tarde d’arriver en bas pour faire la pause repas.

Maintenant je me pose une question : je m’arrête là, ou je monte au col d’Aniscle, la décision n’est pas facile à prendre, vue d’ici, il paraît très raide, même vertical, il faut monter 1200 mètres pour arriver en haut,  certainement qu’il n’y a pas d’eau en montant, et peut être au col non plus, de plus des gros nuages bourgeonnent et laissent présager un orage, je ne peux pas prendre le risque de dormir au col sous l’orage.

Je vais rester là, c’est l’occasion de faire une petite étape aujourd’hui, et me reposer.

Je vais quand même aller au départ du col d’Aniscle. Après avoir dégusté des fraises des bois j’installe ma tente dans la forêt à l’abri de la vue, je suis rentré dans le parc d’Ordessa, et la réglementation est stricte, il est interdit de camper !

Ici le paysage est grandiose, de grandes prairies coincées entres d’impressionnantes parois et des forêts de pins accrochés très haut dans les falaises, j’ai l’impression d’être au Canada.

Après avoir fait un brin de toilette dans l’eau froide du ruisseau je commence à cuisiner quand le tonnerre gronde, j’ai eu raison de ne pas monter, l’orage va rester actif  jusqu’au milieu de la nuit.

 

9 heures de marche, pour +1200 et -1500 mètres de dénivelée, 31 Kms.

 

 

 

 

12 ème jour

Mardi 21juillet : de Pineta aux vires du canyon d’Arrazas

 

Ce matin il ne fait pas froid, mais l’ambiance est très humide après la pluie de la nuit.

Aujourd’hui j’ai une journée difficile en haute montagne, je pars donc très tôt.

Ce col est certainement le plus difficile à passer de ma traversée, je démarre sur un sentier qui monte doucement à flanc, c’est juste pour chauffer les muscles, rapidement il se redresse pour devenir raide, même très raide, j’escalade des rochers et je me sert des arbustes pour affronter la pente, avec 20 Kg dans le dos, c’est pas facile.

J’espère que le terrain ne va pas être aussi vertical pendant les 1200 mètres !

Au bout d’une bonne heure et demi, je sors enfin de la forêt, et découvre le levé de soleil sur   la profonde vallée de Pineta. C’est un paysage extraordinaire, en bas, la vallée est tapissée par une couche de brume éclairée par le soleil, 1800 mètres au dessus des falaises, des vautours prennent leurs envols, sur fond d’arêtes entremêlées jusqu’à l’infini lointain.

Soudain, des marmottes surgissent des rochers,  je me demande bien comment elles arrivent à vivrent dans un milieu aussi peu propice à la vie.

Maintenant le sentier serpente dans une prairie extrêmement raide, pour déboucher enfin au col d’Aniscle, l’effort pour gravir ces 1200 mètres est intense, je prends donc le temps de m’arrêter un moment pour observer le fabuleux canyon de Niscle. C’est une entaille profonde de 1000 mètres dans le plateau, c’est un canyon secret et sauvage, je suis arrivé là au summum de la beauté de mon circuit, je profite de tous ces moments si précieux.

Mais les efforts ne sont pas finis, du col je vais emprunter les vires nord qui vont me permettre de rejoindre le refuge de Gorriz, Après avoir monté 400 mètres de plus.

La montée est longue, et se déroule sur des vires inclinées, protégées par des chaînes, l’ambiance est sérieuse, le panorama est à couper le souffle.

La descente en direction du refuge est aussi très belle et offre  une vue plongeante sur l’extraordinaire canyon d’Arrazas, moins sauvage et secret que Niscle, mais tout aussi beau.

Je passe par une magnifique cascade, composée de trois chutes, avec en contrebas des magnifiques prairies surplombants le fond du canyon, l’endroit est idyllique, je rêve d’y séjourner le restant de la journée !

A défaut d’y rester je vais faire une pause repas et faire sécher la tente.

J’arrive au refuge de Goriz dans un vacarme terrible, deux marteaux piqueurs en pleine action creusent un trou immense dans la roche contre le refuge, pas de chance pour les campeurs qui sont autour !

Je file vite chercher du calme plus loin. Le sentier escalade une barre rocheuse, ici le relief est très tourmenté, c’est un massif calcaire buriné par l’érosion hydraulique, ce n’est donc pas rare de manquer d’eau, mais je connais bien cet endroit, et je sais où trouver des sources même par sécheresse.

Ici encore le paysage est magnifique, je fais des photos sous le sentier, un ruisseau bordé de linaigrettes, serpente sous le Mont Perdu, sur ce versant brûlé par le soleil, ni glaciers, ni névés persistants, mais de la roche blanche dans un décor très minéral.

L’envers du cirque de Gavarnie est devant moi avec au milieu la fameuse brèche de Roland.

Je passe le Cuello del Descargador, puis le collado de Millaris. J’hésite à descendre sur la vire par le Plamo de Millaris, je sais que l’itinéraire n’est pas facile, je vais donc passer par le Plamo de saint Fretus.

C’est un cheminement assez particulier qu’il vaut mieux connaître pour s’y aventurer.

La descente vers le cirque de Cotatuero est assez rapide, maintenant il me faut passer le lapiaz. Un lapiaz c’est un plateau calcaire érodé par l’eau et donc haché par une multitude de failles et de trous plus ou moins profonds qu’il faut contourner, obligeant de nombreux détours avec le risque de trébucher et de se blesser sur les arêtes et aiguilles effilées comme des lames de rasoirs.

Ici c’est très sauvage, les animaux n’ont pas peur de l’homme, je vais approcher plusieurs isards et marmottes de très près.

Cette fois ce n’est pas un vautour qui vole dans le ciel, mais un planeur qui passe au dessus du cirque de Gavarnie, longe les arêtes pour disparaître derrière le Mont Perdu, je m’imagine être à la place du pilote, porté par les ascendants comme l’aigle.

Ouf !! Je suis sur la vire des fleurs, qui porte bien son nom, je marche à coté d’une multitude de fleurs, mais pas n’importe lesquelles : le fameux Edelweiss si rare est présent ici par centaines.

Ce sentier est vraiment extraordinaire, il emprunte une étroite vire surplombant de 1000 mètres d’à pic le fond du canyon d’Arrazas, le moindre faut pas serait fatal !

Ici règne le vautour fauve, je peux en contempler plusieurs qui montent loin dans le ciel.

Ce paysage est féerique, on se sent tout petit devant cette immensité.

Je suis bien fatigué maintenant, il me tarde d’arriver au camp.

Le vent est fort, j’ai du vent depuis deux jours, ça rajoute de la fatigue.

J’arrive à l’entrée du vallon où je vais camper, j’observe trois isards à contre jour à coté d’une falaise noire, la photo  va être superbe.

Voilà la grande prairie où marmottes et isards aiment venir, je vais installer la tente ici, devant moi, une dizaine d’isards curieux m’observent.

La source est juste derrière moi j’en profite pour faire un peu de toilette et boire abondamment, quand soudain le ciel devient noir, le vent est subitement violent, je présage un orage, le temps change très rapidement en montagne !

En fait ce n’était pas un orage, depuis ce matin le ciel au sud paraît chargé et de temps en temps une vague de cirus passe et disparaît aussi vite qu’elle est venue.

 

11h30 de marche, pour +2350 et -1200 mètres de dénivelée, 29 Kms

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13 ème jour

 

Mercredi 22 juillet : Agua Tuertas à l’Ibon de Sabacos

 

Je n’ai pas très bien dormi cette nuit, un vent violent a secoué ma toile de tente toute la nuit, malgré les bouchons dans les oreilles, j’ai été dérangé par le bruit.

Comme d’habitude le réveil sonne à 5h15, et je commence à marcher avant le jour.

Il me faut monter au puerto de Escusana, pour accéder à l’autre vire. Au col un vent violent souffle, il fait froid, je me dépêche de descendre sur la vire qui est moins spectaculaire que celle d’ hier, mais tout aussi intéressante.

Un cheminement traverse la face sud de la Forqueta de Gabieto, pour basculer sur l’autre versant, je quitte le circuit des vires pour rejoindre le col de Boucharo.

Je décide de chercher un passage tout droit dans la pente pour descendre dans la vallée de Lapazosa,  afin d’éviter d’aller au col.

Ça passe ! Mais le terrain est très raide et composé d’éboulis, je m’aide des battons pour soulager mes genoux, il faut que je me préserve pour tenir jusqu’au bout de mon aventure.

Après la solitude des jours passés, je croise beaucoup de monde qui monte au Taillon et pour faire du canyonning.

Mon voilà au magnifique pont de Bujaruelo, à partir de là je vais traverser deux sierra pour rejoindre le col du Somport, et certainement retrouver la solitude, ces deux massifs sont peu fréquentés.

Je suis rapidement dans la vallée de Otal, en trouvant plusieurs raccourcis, qui m’évitent de marcher sur la piste. Je me dirige au fond du vallon sur une piste toute droite qui paraît ne jamais se terminer. Après avoir chercher plusieurs fois le GR dans de hautes herbes, je m’élève sur la pente abrupte du verrou glaciaire haut de 700 mètres, le paysage est grandiose, devant moi, 1100 mètres plus haut, la sierra del Turbon et le pico de Tendenara,  ferment le vallon sauvage de Otal.

Je fais une halte au bord d’un ruisseau, dans un magnifique petit vallon suspendu au dessus de la vallée, en contrebas du Collado de Tendenara.

Le ciel est très nuageux en passant le col, le vent fort toujours présent.

J’arrive au pied du cirque de la Pena Diaples, je suis tout petit devant cette impressionnante  muraille verticale de plus de mille mètres.

La montée au col de Sabacos est agréable, je joue à cache cache avec des dizaines de marmottes. Je profite d’être au Collado de Sabacos, qui domine la vallée, pour téléphoner, afin de donner de mes nouvelles et d’organiser la date et l’heure du rendez-vous pour le  ravitaillement.

Je campe au bord de l’Ibon de Sabacos, devant de gigantesques falaises qui dominent le lac, et derrière le pic du midi d’Ossau qui émerge des nombreux sommets.

Après demain je vais voir mes proches et ma petite fille Mahé, il me tarde…

Et puis soudain il me vient une idée un peu folle … même complètement folle !

Pourquoi pas rejoindre le col du Somport demain soir !

C’est long, même très long, mais sur les pistes je peux marcher vite.

Après avoir étudié ma carte dans tous les sens, j’ai une idée géniale….

Changer l’ itinéraire prévu, en passant par la station de Penticosa,  Escarrilla, le Cuello Tarmanons, et le Collado de Escarra, va me faire gagner au moins 10 Kms …

C’est jouable !

 

11h30 de marche, pour +1950 et -2250 mètres de dénivelée, 41Kms.

 

 

 

 

 

14 ème jour

 

Jeudi 23 juillet : de l’Ibon de Sabacos au col du Somport.

 

Je vais donc rejoindre le col du Somport, il est très loin, je vais marcher très vite, peut-être courir, je pars avant le levé du jour.

En montant au dessus du lac je croise un renard qui à l’air bien embarrassé avec une charogne aussi grosse que lui, je me cache derrière les chevaux pour l’approcher de très près , puis au bout d’un moment il me voit et fuit à toute vitesse laissant sa prise.

Je descends par les pistes de la station de ski en admirant le levé du jour, le ciel est rouge comme la braise, puis l’arête de la sierra Partacua est éclairé par un rayon de soleil qui arrive à s’infiltrer à travers de gros nuages noirs.

Je pensais rejoindre le bas de la station tout droit, par les pistes, mais ce n’est pas possible, j’utilise une longue piste qui n’en fini plus , ce qui me permet de remplacer mes chaussures par les slaps pour marcher sans douleur.

Au village de Penticosa je trouve un sentier bien agréable qui me mène au village d’el Pueyo de Jaca. J’arrive à Escarrilla par la route, j’en profite pour acheter un laitage, quelques brioches et deux litres de jus de fruits pour mettre dans ma poche à eau et aussi téléphoner pour annoncer que je suis au rendez-vous ce soir pour le ravitaillement.

J’ai cherché un bon moment un sentier sans le trouver, alors je vais passer par un autre chemin. Il fait suite à la piste, mais au bout d’un moment ne s’oriente pas au bon endroit, certainement qu’il y a une bifurcation que je n’ai pas vue, je ne suis pas seul à chercher ce sentier !

A l’aide de ma carte je trouve enfin un vague sentier peu visible, les balises sont bien cachées sous un épais fouillis végétal ! Il est difficile à suivre mais j’arrive rapidement au Cuello Tarmanons, la vue sur l’Embalse de Escarra qui est d’un bleu clair éclatant est superbe, je marche très vite pour rejoindre le vallon en amont du lac et au col de Escarra.

Je ne trouve pas de sentier pour accéder au col, je monte tout droit dans une herbe épaisse, ce qui est assez fatiguant.

Le panorama sur la sierra Partacua est magnifique, j’adore cet endroit, c’est un paysage doux, composé de prairies vertes, vallonnées, avec en arrière plan la spectaculaire sierra de Partacua haute de presque 3000 mètres, d’où la Pena Telera  domine la vallée du haut de ses impressionnantes falaises.

Je regrette un peu de ne pas passer à l’Embalse de Tramacastilla et d’y dormir, les couchers et levers de soleil sont extraordinaires, la muraille de falaises longue de plusieurs kilomètres se reflète dans l’eau du lac.

Maintenant je bascule sur l’autre versant, au dessus de moi des vautours tournent dans le ciel. Les gros nuages noirs ont fait place au ciel bleu, j’entame la descente.

Je longe un ruisseau magnifique, ce paysage incite à flâner et à la baignade, mais je dois rejoindre le ravitaillement ce soir et c’est encore assez loin.

Après avoir passé les gorges, je cherche une fois de plus le GR qui doit rejoindre la station de Gandachu.

Cette remontée me paraît interminable, j’ai déjà  de nombreux kilomètres dans les pattes !

Enfin j’arrive à la station de ski, après une pause je monte au col du Somport, je vais attendre 2 à 3 heures, Valérie et ses parents, qui ont dû partir précipitamment ce matin, pour être là ce soir, je vais passer la soirée avec eux au camping, enfin je peux prendre une bonne douche chaude.

 

12 heures de marche, pour +1850 et -2150 mètres de dénivelée, 53 Kms

 

 

15 ème jour

 

Vendredi 24 juillet : col du Somport à l’Ibon de l’Archerito

 

Ce matin le départ n’est pas aussi matinal que d’habitude. Du fond de la station de Gandanchu, je traverse l’impressionnant  massif  du Labata par le versant français, pour arriver à l’Ibon d’Estanés en Espagne qui est blotti contre la sierra de Bernera. De gros nuages viennent se bloquer contre la barrière de falaises de la sierra.

Je longe le lac par le nord, je n’ai pas vu une bifurcation du GR11 qui passe au sud, pour ne pas revenir sur mes pas je coupe à travers un lapiaz assez chaotique qui paraît court, en fait je vais y passer pas mal de temps et dépenser beaucoup d’énergie, je regrette de ne pas avoir fait demi-tour.

Je croise des chevaux sur de belles prairies qui dominent la vallée Subordan. Après la descente des 9 Kms menant en bas du vallon aux dolmens d’Arrollo, je cherche le sentier qui monte dans la vallée de l’Archerito. Il n’existe pas bien qu’il soit marqué sur ma carte : tous les jours je remarque des erreurs sur ma carte au 50/000 !

Je reste sur le confortable sentier qui rejoint l’Ibon de l’Archerito, que j’atteins au bout de quelques heures. En arrivant au lac, les arêtes sont dans le brouillard, pourtant ce matin la météo spécialisée  montagne donnait une mer de nuages en France en dessous de 1500 mètres, l’arête devant moi est à 2200m, une fois de plus l’information est fausse ! Je n’ai pas plus confiance en ma carte qu’à météo France, pendant la traversée des Pyrénées Orientales, le même répondeur météo donnait de très bonnes conditions pour faire des grillades, j’aurai préféré avoir des informations sur les conditions météo en montagne !

Je suis inquiet, je dois passer deux cols, ce n’était pas le moment d’avoir du brouillard.

Je passe un col, et en descendant je me rends compte que je suis dans la vallée voisine, je vais camper ici, demain je chercherai un autre passage.

 

11 heures de marche, pour +1600et-1700 mètres de dénivelée, 37 Kms.

   

 

 

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