4em jour
Lundi 13 juillet : étape du Costabone au village de Llo
Maintenant je suis bien organisé, mon téléphone sonne à 5h15, pour un départ vers les 6h00.
J’ai de plus en plus de mal à prendre mon petit déjeuné si tôt. Maintenant je mange la moitié au levé et l’autre vers 10h00. Depuis que je suis parti de Banyuls je mange peu, certainement à cause de la fatigue, j’ai donc décidé de vider mes réserves de nourriture de 1/3, pour gagner du poids, ce sont les oiseaux qui vont êtres contents.
La montée au Roc Colom est rapide, le jour se lève et l’horizon est de plus en plus rouge, c’est en descendant du sommet avec les premiers rayons de soleil que j’aperçois des isards, puis soudain c’est une harde puis deux autres qui passent à quelques mètres de moi, certainement une bonne cinquantaine d’isards.
Je marche rapidement presque en courant, le terrain est facile, je sais que la journée va être longue, alors je profite d’être sur un terrain facile pour gagner du temps. Je passe la Porteille de Morens, devant moi trois ou quatre vautours utilisent les courants ascendants pour prendre de l’altitude. La descente est assez raide, après avoir fini mon petit déjeuné, me voilà à la station de Vall Ter. Rapidement je monte au col de la Marrana, un peu plus loin je m’arrête à un panneau indiquant des directions de sentiers une fois de plus, je constate le mauvais balisage! Le panneau indique que je suis au col, cet endroit ressemble à tout sauf à un col !
A partir de là je vais couper pour rejoindre le Coll de Nou Creu. En fait je vais passer pas mal de temps et perdre beaucoup d’énergie pour rejoindre le col, cet itinéraire que j’ai concocté n’est peut-être pas judicieux, mais a un caractère très sauvage, superbe et complètement isolé. Je ne compte plus le nombre d’isards que je croise, les marmottes non plus, il y en a tellement !
La montée au Coll de Nou Creu est raide, mais assez courte, je prends pied sur l’arête, le paysage est superbe :, les crêtes déchiquetées forment un grand cirque devant moi, un magnifique paysage de haute montagne.
Je vais suivre la crête longtemps et enchaîner les sommets qui culminent à plus de 2800 mètres, en cumulant pas mal de dénivelée.
Je fais une pause repas au col de Nuria, c’est déjà assez tard et il me reste encore pas mal de chemin, cet itinéraire de haute montagne m’a demandé beaucoup d’énergie et pour limiter le cumul de dénivelée j’emprunte un sentier qui passe à flanc du pic de Nuria, l’idée n’était pas bonne !
Je suis obligé de le quitter pour traverser à flanc de montagne pour pouvoir rejoindre le col. Cette traversée est interminable et se déroule sur un terrain très difficile. Me voilà enfin au col de Finestrelles, je suis très fatigué, une pause s’impose.
Soudain un envol de vautours juste là devant moi, j’en compte 60, il y en a partout au dessus de moi, superbe ! Puis un autre envol plus bas le même nombre, maintenant c’est plus de 120 vautours qui tournent au dessus du col, je suis tellement fatigué que je n’apprécie pas à sa juste valeur ce ballet de danseuses aux ailes flottant au vent.
Je regarde en bas, très bas, au moins à 10 à 15 Kms le village de Err, je n’ai pas le courage de commencer à descendre, mes pieds me font de plus en plus souffrir, je décide de descendre par la vallée de Sègre, un peu plus proche.
Cette descente me paraît interminable, et la piste des gorges de la Sègre ne jamais s’arrêter. Le mal aux pieds me freine dans mon élan, la beauté des isards jouant avec les petits de l’année me fait un peu oublier la difficulté de la journée, aujourd’hui j’ai du voir au moins 150 à 200 isards.
Très bas dans les gorges je demande à une dame si le village de Llo est encore loin, elle me rassure, je suis presque arrivé, je n'en peu plus. Après avoir bien discuté avec elle, elle me propose de me prendre en voiture pour m’aider à trouver un camping à Saillagouse, contrairement à ce qui figure sur ma carte le camping marqué au village de Llo n’existe pas.
Nous voilà arrivés aux bains de Llo elle me présente son mari. Tous les deux sont vraiment très gentils, ils m’offrent des chis chis, m’emmènent au village de Saillagouse et s’occupent de trouver un camping pour moi.C’est vraiment réconfortant de trouver une telle chaleur humaine après cette terrible journée, surtout que ce soir là mon moral est très bas. Je prends conscience que répéter souvent des journées de haute montagne sur un terrain chaotique est trop fatiguant pour traverser les Pyrénées. De plus je réalise que mes calculs de kilomètres et cumul de dénivelée sont largement sous estimés, ce qui m’éloigne de la possibilité de réussir mon projet.
Enfin, je vais voir après une bonne nuit et une bonne douche, dans quel état je suis au matin.
13 heures de marche pour + 1900 et – 2900 mètres de dénivelée, 43 Kms et je ne compte plus les ampoules.