12 ème jour
Mardi 21juillet : de Pineta aux vires du canyon d’Arrazas
Ce matin il ne fait pas froid, mais l’ambiance est très humide après la pluie de la nuit.
Aujourd’hui j’ai une journée difficile en haute montagne, je pars donc très tôt.
Ce col est certainement le plus difficile à passer de ma traversée, je démarre sur un sentier qui monte doucement à flanc, c’est juste pour chauffer les muscles, rapidement il se redresse pour devenir raide, même très raide, j’escalade des rochers et je me sert des arbustes pour affronter la pente, avec 20 Kg dans le dos, c’est pas facile.
J’espère que le terrain ne va pas être aussi vertical pendant les 1200 mètres !
Au bout d’une bonne heure et demi, je sors enfin de la forêt, et découvre le levé de soleil sur la profonde vallée de Pineta. C’est un paysage extraordinaire, en bas, la vallée est tapissée par une couche de brume éclairée par le soleil, 1800 mètres au dessus des falaises, des vautours prennent leurs envols, sur fond d’arêtes entremêlées jusqu’à l’infini lointain.
Soudain, des marmottes surgissent des rochers, je me demande bien comment elles arrivent à vivrent dans un milieu aussi peu propice à la vie.
Maintenant le sentier serpente dans une prairie extrêmement raide, pour déboucher enfin au col d’Aniscle, l’effort pour gravir ces 1200 mètres est intense, je prends donc le temps de m’arrêter un moment pour observer le fabuleux canyon de Niscle. C’est une entaille profonde de 1000 mètres dans le plateau, c’est un canyon secret et sauvage, je suis arrivé là au summum de la beauté de mon circuit, je profite de tous ces moments si précieux.
Mais les efforts ne sont pas finis, du col je vais emprunter les vires nord qui vont me permettre de rejoindre le refuge de Gorriz, Après avoir monté 400 mètres de plus.
La montée est longue, et se déroule sur des vires inclinées, protégées par des chaînes, l’ambiance est sérieuse, le panorama est à couper le souffle.
La descente en direction du refuge est aussi très belle et offre une vue plongeante sur l’extraordinaire canyon d’Arrazas, moins sauvage et secret que Niscle, mais tout aussi beau.
Je passe par une magnifique cascade, composée de trois chutes, avec en contrebas des magnifiques prairies surplombants le fond du canyon, l’endroit est idyllique, je rêve d’y séjourner le restant de la journée !
A défaut d’y rester je vais faire une pause repas et faire sécher la tente.
J’arrive au refuge de Goriz dans un vacarme terrible, deux marteaux piqueurs en pleine action creusent un trou immense dans la roche contre le refuge, pas de chance pour les campeurs qui sont autour !
Je file vite chercher du calme plus loin. Le sentier escalade une barre rocheuse, ici le relief est très tourmenté, c’est un massif calcaire buriné par l’érosion hydraulique, ce n’est donc pas rare de manquer d’eau, mais je connais bien cet endroit, et je sais où trouver des sources même par sécheresse.
Ici encore le paysage est magnifique, je fais des photos sous le sentier, un ruisseau bordé de linaigrettes, serpente sous le Mont Perdu, sur ce versant brûlé par le soleil, ni glaciers, ni névés persistants, mais de la roche blanche dans un décor très minéral.
L’envers du cirque de Gavarnie est devant moi avec au milieu la fameuse brèche de Roland.
Je passe le Cuello del Descargador, puis le collado de Millaris. J’hésite à descendre sur la vire par le Plamo de Millaris, je sais que l’itinéraire n’est pas facile, je vais donc passer par le Plamo de saint Fretus.
C’est un cheminement assez particulier qu’il vaut mieux connaître pour s’y aventurer.
La descente vers le cirque de Cotatuero est assez rapide, maintenant il me faut passer le lapiaz. Un lapiaz c’est un plateau calcaire érodé par l’eau et donc haché par une multitude de failles et de trous plus ou moins profonds qu’il faut contourner, obligeant de nombreux détours avec le risque de trébucher et de se blesser sur les arêtes et aiguilles effilées comme des lames de rasoirs.
Ici c’est très sauvage, les animaux n’ont pas peur de l’homme, je vais approcher plusieurs isards et marmottes de très près.
Cette fois ce n’est pas un vautour qui vole dans le ciel, mais un planeur qui passe au dessus du cirque de Gavarnie, longe les arêtes pour disparaître derrière le Mont Perdu, je m’imagine être à la place du pilote, porté par les ascendants comme l’aigle.
Ouf !! Je suis sur la vire des fleurs, qui porte bien son nom, je marche à coté d’une multitude de fleurs, mais pas n’importe lesquelles : le fameux Edelweiss si rare est présent ici par centaines.
Ce sentier est vraiment extraordinaire, il emprunte une étroite vire surplombant de 1000 mètres d’à pic le fond du canyon d’Arrazas, le moindre faut pas serait fatal !
Ici règne le vautour fauve, je peux en contempler plusieurs qui montent loin dans le ciel.
Ce paysage est féerique, on se sent tout petit devant cette immensité.
Je suis bien fatigué maintenant, il me tarde d’arriver au camp.
Le vent est fort, j’ai du vent depuis deux jours, ça rajoute de la fatigue.
J’arrive à l’entrée du vallon où je vais camper, j’observe trois isards à contre jour à coté d’une falaise noire, la photo va être superbe.
Voilà la grande prairie où marmottes et isards aiment venir, je vais installer la tente ici, devant moi, une dizaine d’isards curieux m’observent.
La source est juste derrière moi j’en profite pour faire un peu de toilette et boire abondamment, quand soudain le ciel devient noir, le vent est subitement violent, je présage un orage, le temps change très rapidement en montagne !
En fait ce n’était pas un orage, depuis ce matin le ciel au sud paraît chargé et de temps en temps une vague de cirus passe et disparaît aussi vite qu’elle est venue.
11h30 de marche, pour +2350 et -1200 mètres de dénivelée, 29 Kms
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